La Résidence America 2011 - Nancy LEE

Dead Girls [Dead Girls]
Buchet-Chastel / www.libella.fr/buchet-chastel
Février 2006
Traduit par Sophie Aslanides

Née en Angleterre en 1971 de parents asiatiques, Nancy Lee a émigré très jeune au Canada. Dead Girls a été salué par la presse comme une véritable révélation. Elle habite actuellement à Vancouver. Huit histoires perturbantes, écrites dans un style vif et cinglant, où l’on trouve des femmes qui vivent dans les rues dangereuses du quartier est de Vancouver, les personnages qui les croisent et les familles qu’elles ont délaissées. Un premier recueil impressionnant de nouvelles puissantes et émouvantes, tissées de tristesse, de violence et de regrets, autour de femmes dont les vies brisées et les détresses ne parviennent pas à nous faire oublier leur désir de bonheur.

« Elle n’observe pas, elle inspecte de si près que c’en est un scandale, comme si sa plume épousait les cicatrices et les bosses que l’existence a laissées sur vous. […] Un beau scandale en vérité : Dead Girls est votre journal intime et nous sommes tous des femmes blessées. » Télérama

 

 

Les chroniques de Nancy Lee durant sa résidence

Chronique 1 - VF

Une nouvelle destination, c’est un cadeau : non seulement parce qu’elle offre de nouvelles expériences, mais parce qu’elle vous force à prendre davantage conscience de vos sens.

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Chronique 1 - VO

The gift of a new destination is not just that it offers new experiences, but that it forces your senses into heightened awareness. I’m reminded of the Proust quote, “The real voyage of

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Chronique 2 - VF

J’avais sept ans quand ma mère et moi avons émigré d’Angleterre au Canada pour y vivre dans la famille de ma mère. Je n’avais jamais parlé d’autre langue que l’anglais, et les membres de la famille

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Chronique 2 - VO

When I was seven years old, my mother and I immigrated from England to Canada to live with my mother’s family. I had only ever spoken English, and my mother’s family, who were Chinese,

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Chronique 3 - VF

Les écrivains ont depuis toujours une réputation de grincheux. Nous avons tendance à être profondément cyniques, nous évitons la sensiblerie sous toutes ses formes, nous levons les yeux au

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Chronique 3 - VO

Writers have a long-standing reputation as curmudgeons. We tend towards deep cynicism, we eschew all forms of sentimentality, we snicker at greeting card messages, roll our eyes at

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Chronique 4 - VF

Il y a quatre mois, mon mari et moi, flanqués de notre chienne et de trois valises, arrivions en France. Pendant les quelques jours précédant notre voyage, lorsque je préparais les dites valises, j’étais un

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Chronique 4 - VO

Four months ago, my husband and I, accompanied by our dog and three suitcases, arrived in France. In the days leading up to our journey, as I packed those cases, I found myself a bit

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Une nouvelle destination, c’est un cadeau : non seulement parce qu’elle offre de nouvelles expériences, mais parce qu’elle vous force à prendre davantage conscience de vos sens. Cela me rappelle la citation de Proust : « le seul véritable voyage […] ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux ». Ici, à Vincennes, je me surprends à voir différemment, à entendre différemment, à goûter aux choses différemment. Comme toujours, l’intelligence est en retard par rapport à l’expérience viscérale, et pour les détails de la vie quotidienne, je n’ai pas encore trouvé les mots qu’il faut. Comment décrire le goût de terroir du lait français ? Ou rendre compte du ravissement que procure le son des enfants qui jouent dans la cour d’école sous les fenêtres de notre appartement ? Ou faire comprendre la magie du Pâté de Foie Maison qui me donne envie d’écrire des lettres d’amour au charcutier du marché ?

 

Je suis venue ici avec mon mari, lui aussi écrivain, et notre chienne âgée, aveugle et sourde. Nous avons laissé derrière nous une vie pleine de stress et de complications, et nous sommes retrouvés, après un jour, une nuit, et un autre jour, rue de la Jarry, épuisés, éblouis, et ressemblant sans doute à un triste tas de linge sale.

Nous sommes venus pour écrire, et pour découvrir Vincennes, mais aussi parce que nous étions fatigués et vides. Peut-être était-ce dû à nos anciens yeux, las des choses familières auxquelles nous étions surexposés, ou peut-être était-ce cette guerre permanente autour de l’art, chez nous, au Canada, et ces sempiternelles déclarations selon lesquelles « le livre est mort » qui nous ont achevés. Peu importe, nous nous sommes échappés.

Nous nous étions préparés à la difficulté de parler une langue que nous n’avions apprise qu’à l’école, et à celle d’interpréter et d’adopter de nouvelles coutumes. Nous étions prêts à sourire comme des imbéciles, à nous excuser à profusion, à nous en remettre à la sagesse des serveurs de café, des commerçants aux étals de marché, des étrangers dans la rue, qui tous savaient avant nous de quoi nous avions besoin. Nous avions pris la résolution, quelque contraire qu’elle soit à notre identité d’écrivains, de mieux nous habiller.

Malgré nos efforts, nous n’étions absolument pas préparés. Le bonheur de voir des livres, tant de livres, en public, nous a laissés étourdis. Des livres calés sous le bras, des livres dans les sacs à main, des livres dans le métro. Nous avons été pris de court devant les livres illimités et l’ambiance affairée de Millepages et d’autres librairies auxquelles nous avons rendu visite, devant la gamme de cours de musique disponibles pour les adultes à Cœur de Ville, et devant les merveilleuses prestations offertes pendant la Journée des Associations. Nous n’aurions jamais pu prévoir qu’en sortant du métro, au détour d’un couloir, un ensemble de treize cordes nous jouerait du Mozart et du Vivaldi.

Le son de cette musique, dans ce lieu, joué avec une telle maîtrise, était bouleversant. J’ai fermé les yeux et ai laissé cette beauté m’ébranler. Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai vu que dans toutes les directions les gens essayaient de poursuivre leur chemin, ralentissaient et finissaient par s’arrêter, le visage plein de révérence et d’admiration tandis qu’ils écoutaient et qu’ils laissaient la pression qui les tourmentait quelques secondes plutôt se dissiper. Il était facile de repérer les touristes dans la foule, non pas à cause des appareils photos ou des plans de Paris, mais parce qu’on lisait sur leur visage, comme sur le mien, j’en suis sûre, la triste conscience que jamais rien de tel ne pourrait se produire chez eux.

Je crois depuis longtemps que les arts, que l’on soit créateur ou témoin, ont ce pouvoir singulier de nous forcer à sortir de nous même, de nos petites vies, de nous ouvrir des possibilités d’existence inexplorées, de construire des liens d’empathie. Les arts véhiculent le lien ; sans eux, quelque chose de l’être humain s’érode. Il m’apparaît maintenant que c’est peut-être pour cela que nous sommes partis de chez nous, pour chercher un moyen d’arrêter cette érosion. Pour apprendre d’un lieu où l’art et la culture jouent un rôle vital dans la vie de tous les jours. Je me sens un peu comme un alien dans un film de science fiction de série B : « Nous venons en paix pour apprendre de votre planète, de façon à pouvoir sauver la nôtre ». Est-ce trop de dire que Vincennes est un refuge culturel ? Pardonnez-moi, je suis un écrivain de fiction, j’ai tendance à l’hyperbole.

Il n’y a pas de valeur marchande attachée à l’écoute de musique classique dans une station de métro, ou à être ému aux larmes en entendant un chœur local chanter du gospel, ou à vous perdre dans l’imaginaire d’un grand roman, pas plus qu’il n’est possible de mesurer l’utilité de ce genre de choses à l’aune du nombre d’heures qu’on passe au travail ou au nombre d’applications disponibles dans un smartphone. Les arts nous nourrissent par des voies inimaginables et innommables. Peut-être suis-je culturellement présomptueuse ? Peut-être que les français savent les nommer. Avez-vous des mots pour décrire l’expérience sublime d’être transporté par l’art ? Si oui, j’aimerais les entendre. J’aimerais aussi entendre de vous, les gens de Vincennes, directement, la manière dont les arts ont touché vos vies.

L’intégration de l’art et de la culture dans la vie de tous les jours est une des vraies surprises de notre arrivée à Vincennes ; nous en attendons de nombreuses autres, avec bonheur. Nous sommes arrivés assoiffés, vides, et déjà, nous débordons. Et que dire de Jaine, notre belle chienne vieillissante ? Elle s’est fait beaucoup de nouveaux amis dans les rues de Vincennes. Aux dires de tous, son français est bien meilleur que le nôtre.

The gift of a new destination is not just that it offers new experiences, but that it forces your senses into heightened awareness. I’m reminded of the Proust quote, “The real voyage of discovery consists not in seeking new landscapes, but in having new eyes.” Here in Vincennes, I find myself seeing differently, hearing differently, tasting things differently. As always, my intellect lags behind my visceral experience, and for every day details, I have yet to find the right words. How to describe the earthier taste of French milk? Or capture the ecstatic sound of school children playing outside our apartment windows? Or convey the magic spell of the Paté de Foie Maison that makes me want to write a love letter to the market butcher.

I travelled here with my husband, as well a writer, and our blind, deaf, elderly dog. We left behind a life full of stresses and complications, and found ourselves, after a day turned night, then day again, standing on rue de la Jarry, exhausted, amazed, and looking, no doubt, like a sad heap of yesterday’s laundry.

We came to write, and to discover Vincennes, but also because we were tired and empty. Perhaps it was our old eyes, overexposed to and weary of the familiar, or perhaps it was the on-going war on art at home, in Canada, and the constant declarations that “the book is dead” that did us in. No matter, we escaped.

We were prepared for the awkwardness of speaking a language we had only studied in school, and the difficulty of interpreting and adopting new customs. We were ready to smile like fools, apologize profusely, defer to the wisdom of café waiters, market stall owners and strangers on the street, who all knew before we did, what we needed. We resolved, as contrary as it was to our writerly identities, to dress better.

Despite our efforts, we were wholly unprepared. The delight of seeing books, so many books, in public, left us dizzy. Books tucked under arms, books in handbags, books on the Metro. We were taken aback by the limitless titles and bustling atmosphere at Mille Pages and other bookstores we visited, by the range of music lessons available for adults at the Coeur de Ville, and by the marvelous performances offered on the day of Associations. We could have never predicted that getting off the Metro, we would turn a corner and discover a thirteen-piece string ensemble playing Mozart and Vivaldi.

The sound of that music, in that setting, played with such mastery, was overwhelming. I closed my eyes and allowed myself to be shaken by its beauty. When I opened my eyes, I saw that in every direction people tried to continue on their way, then slowed, then stopped entirely, their faces full of reverence and awe as they listened and let the pressures that had been plaguing them seconds before fall away. It was easy to spot the tourists in the crowd, not by their cameras or maps, but because they wore, as I’m sure I did, the sad recognition that something like this would never happen at home.

I have long believed that the arts, whether we create them or witness them, have a singular power to force us outside of ourselves, our small lives, to open to us unexplored possibilities of existence, and build ties of empathy. The arts are a vehicle of connection; without them, something about being human erodes. It occurs to me now that this, in fact, may be why we left home, to find a way to stop that erosion. To learn from a place where art and culture play a vital role in every day life. I feel a bit like an alien in a science fiction B-movie, “We come in peace to learn from your planet, so that we may save our own.” Is it too much to say that Vincennes is a cultural refuge? Forgive me, I’m a fiction writer, I tend towards hyperbole.

There is no monetary value attached to hearing classical music in a Metro station, or being moved to tears by a community choir singing gospel music, or losing yourself in the imaginary world of great novel, nor can the usefulness of such things be measured like the hours you spend at work, or the number of apps available for a Smartphone. The arts feed us in unimaginable and unnamable ways. Or am I’m being culturally presumptuous? Perhaps the French have named it. Do you have words to describe the sublime experience of being transported by art? If so, I’d love to hear them. I’d also love to hear, directly from you, the people of Vincennes, the ways in which the arts have affected your lives.

The integration of art and culture into every day life has been one of the true surprises of our arrival in Vincennes; we look forward to many more. We arrived thirsty, empty, wanting to be filled, and already find ourselves overflowing. And what of Jaine, our beautiful, aging dog? She has made many new friends on the streets of Vincennes. From all accounts, her French is much better than ours.

J’avais sept ans quand ma mère et moi avons émigré d’Angleterre au Canada pour y vivre dans la famille de ma mère. Je n’avais jamais parlé d’autre langue que l’anglais, et les membres de la famille de ma mère, eux-mêmes fraîchement immigrés de Hong-Kong, parlaient très mal anglais et refusaient de le parler à la maison. L’adaptation m’a été difficile, elle a été marquée par la timidité, la gêne, et la hantise de ne jamais pouvoir vraiment m’intégrer. Et pourtant, je m’y suis faite, et avec cette résilience caractéristique de l’enfance, j’ai vite assimilé deux cultures et une langue, et suis devenue, de fait, canadienne et chinoise en même temps.

Cette époque me revient à l’esprit aujourd’hui, lors de mes échanges maladroits avec des Vincennois patients que j’embrouille et que –sans doute- je torture quand je m’essaie à leur belle langue. Au début, j’étais enhardie, fière de déballer mes expressions limitées et de les mettre en pratique avec les commerçants qui fronçaient les sourcils en souriant comme si mes mots étaient un brouillard qu’ils n’arrivaient pas tout-à-fait à pénétrer. Plus je m’évertuais, plus ma nervosité et mon incohérence s’accentuaient et pour finir, mon courage s’est envolé. Je me suis sentie l’esprit faible, entravée intellectuellement, plus bête, en somme, ici en France que je ne l’étais au Canada. Peut-être mon QI s’était-il en partie évaporé dans l’atmosphère brumeuse pendant le voyage en avion, me suis-je dit. En fait, ce n’était pas un manque d’acuité intellectuelle qui minait ces rapports élémentaires, mais plutôt une déstabilisante et croissante vulnérabilité.

 

C’est étrange, la vulnérabilité : cet espace d’incertitude qui vous met si fondamentalement mal à l’aise qu’on l’enterre sous la connaissance, l’expérience, qu’on le camoufle derrière une force, une permanence, une maîtrise illusoires. Alors qu’en même temps, les éléments les plus importants de nos vies – tomber amoureux, poursuivre un rêve, apprendre quelque chose de nouveau, élever un enfant, surmonter la souffrance – requièrent expressément que nous nous rendions vulnérables.

 

La classe d’écriture, par exemple, est un lieu d’extrême vulnérabilité. Les étudiants arrivent, remplis d’espoirs et d’aspirations, du rêve d’écrire une nouvelle, ou peut-être une grande œuvre littéraire. Ils arrivent aussi pleins d’insécurités, de craintes que leurs idées soient ridicules, que leur prose soit banale, de peur d’écrire pour finir par se rendre compte qu’ils n’ont rien à dire. Et il faut ajouter ce constant bourdonnement à l’oreille de l’artiste : tu es incapable de créer, tu n’as pas de talent, tu te prends pour qui, etc., etc. Facile d’imaginer l’inquiétude quand ces artistes en herbe prennent leur stylo pour effectuer leur premier exercice d’écriture en cours, et la mortification qui s’ensuit quand je demande si quelqu’un veut bien lire à voix haute ce qu’il vient d’écrire. Souvent ces exercices révèlent des écrits inouïs. Il se trouve que vulnérabilité et créativité font bon ménage. Les meilleurs écrits sont le résultat d’une prise de risque. Pour pénétrer un personnage en profondeur, pour arriver à sa vérité, pour révéler son humanité dans toute son authenticité émotionnelle et psychologique, l’écrivain doit accepter d’explorer sa propre humanité, de prendre résidence, comme le fait l’acteur, dans ces espaces psychiques inconfortables, dans ce paysage intérieur qui nous est si étranger.

Mon époux– il est aussi écrivain- et moi parlons souvent de la façon de négocier ce terrain difficile, de la façon de marier les complexités du texte et de l’émotion, et lors d’une de ces conversations, j’ai pu constater que, contrairement à moi, sa capacité à communiquer en français s’était améliorée à toute allure. En particulier, il avait l’air de comprendre ce que disaient les gens même quand ils parlaient vite et longtemps. Il m’a expliqué sa façon radicale d’envisager les choses : il avait renoncé à décoder les mots les uns après les autres pendant que la personne parlait. Il préférait regarder son interlocuteur dans les yeux, il établissait un lien avec lui et suivait l’émotion de sa voix et de son visage. Résultat : même si mon mari n’était pas sûr des mots, il avait compris la personne avec qui il parlait. Bien sûr, parfois il comprenait à côté, et la conversation se terminait sur un éclat de rire. Mais être vulnérable, c’est aussi s’ouvrir à l’échec possible, ou peut-être accepter que l’échec n’existe pas, car après tout, le rire est un résultat qui n’est pas pire qu’un autre.

C’est ainsi que tandis que je déambule dans les rues de Vincennes, à vif et gênée, assez semblable à cette petite fille timide de sept ans, chaque fois que je prends la parole, mon mari me rappelle que dans la vie comme dans l’écriture, l’émotion derrière un mot a des échos bien plus profonds que le mot lui-même. Et en l’absence de mots, un sourire reste un sourire, un haussement d’épaule reste un haussement d’épaule, et lorsque mon visage prend une expression peinée, les gens sauront que je leur demande pardon de bégayer si lentement, si maladroitement. Je tire force de cet inspirant groupe d’étudiants en écriture, tous des âmes belles et bonnes, que je vois le mercredi, ici à Vincennes. Maître et élèves, nous sommes tous embarqués au même voyage à présent, engagés à cette même lutte épique, la lutte qui consiste à se servir de simples mots pour transmettre tout ce que nous avons, à l’intérieur.

When I was seven years old, my mother and I immigrated from England to Canada to live with my mother’s family. I had only ever spoken English, and my mother’s family, who were Chinese, and who had themselves only recently immigrated from Hong Kong, spoke very little English and refused to speak it at home. The adjustment was a difficult one for me, marked by shyness, self-consciousness and a crippling fear that I would never really belong. Somehow I managed though, and with a resilience that seems the hallmark of childhood, I quickly assimilated two new cultures and a language, became, in essence, Canadian and Chinese at the same time.

I’m reminded of this time now as I stumble through exchanges with the patient people of Vincennes, as I confuse and, no doubt, torture them with my attempts at their fine language. At first, I was emboldened, proud to trot out my limited phrases and practice them with shopkeepers who squinted and smiled as if my words were a fog they couldn’t quite see through. The harder I tried, the more nervous and incoherent I became, and eventually, courage drained away. I felt enfeebled, intellectually hobbled, somehow dumber here in France than I was in Canada. Perhaps, I mused, my IQ points had been sucked up into the hazy atmosphere on the plane journey over. But in reality, it wasn’t a lack of mental sharpness that was undermining these basic interactions, but rather, an unnerving increase in my vulnerability.

Vulnerability is a strange thing; a patch of uncertainty so fundamentally uncomfortable that we bury it under knowledge and life experience, camouflage it with illusions of strength, permanence and control. And at the same time, the most important events of our lives – falling in love, pursuing a dream, learning something new, raising a child, overcoming suffering, -- require that we make ourselves vulnerable.

The creative writing classroom, for instance, is a place of extreme vulnerability. Students arrive with their hopes and aspirations, their dreams of writing a short story, or perhaps a great literary opus. They also come with insecurities, fears that their ideas will be ridiculous, their prose banal, that they will write only to find they have nothing to say. Add to this the constant drone of the artist’s mind: you’re not creative, you have no talent, who do you think you are, etc, etc, and you can imagine the trepidation as fledgling writers raise their pens to begin the first in-class writing exercise, and the mortification afterwards, when I ask if any would like to read aloud what they have written. Often, amazing writing emerges from these exercises. As it turns out, vulnerability and creativity are quite compatible. The best writing involves risk. To penetrate the depths of a character, to arrive at genuine insight, to reveal humanness in all its psychological and emotional authenticity, a writer must be willing to explore their own humanness, to reside, as an actor would, in these uncomfortable psychic places, the foreign landscape of the interior.

My husband, who is also a writer, and I talk a great deal about how to negotiate this difficult terrain, how to marry the complexities of text and emotion, and it was during one of these conversations I observed, that unlike mine, his ability to communicate in French had improved in great strides. In particular, he seemed to understand what people were saying, even if they spoke quickly and at length. He shared with me his radical new approach: he had given up deciphering individual words as the person spoke. Instead, he looked the speaker in the eye, made a connection with them, and followed the emotion of their voice and face. The result: although my husband was unsure of the words, he understood the speaker. At times, of course, he got it wrong, and the conversation would end in laughter. But being vulnerable means also being open to failure, or perhaps accepting that there is no failure, laughter, after all, is as good a result as any.

And so, as I move through the streets of Vincennes, feeling raw and self-conscious, and not unlike that shy, seven-year-old girl each time I speak, I am reminded by my husband that in life, as in writing, the emotion behind a word echoes far deeper than the word itself. And in the absence of words, a smile remains a smile, a shrug still a shrug, and when my face forms a certain pained expression, people will know I am asking forgiveness for my slow, awkward stammer. I take strength from an inspiring group of Wednesday night writing students here in Vincennes, braves souls each one. Teacher and students, we find ourselves on the same journey now, engaged in the same epic struggle, the struggle of using mere words to convey everything inside us.

Les écrivains ont depuis toujours une réputation de grincheux. Nous avons tendance à être profondément cyniques, nous évitons la sensiblerie sous toutes ses formes, nous levons les yeux au ciel en entendant des chansons un peu nunuches, et parfois, nous secouons la tête devant l’idée même du bonheur. Vous comprendrez donc que c’est être d’une certaine manière traître à ma profession que de vous avouer que j’aime Noël absolument et sans restriction !

Que de fois j’ai lu le Cantique de Noël de Dickens dans l’angoisse qu’Ebenezer ne change pas ? Ou je me suis arrêtée dans la rue pour écouter des chants de Noël et j’ai senti les larmes me monter aux yeux en entendant s’envoler les notes de Douce Nuit ? Que de fois je suis descendue furtivement au milieu de la nuit simplement pour allumer notre sapin de Noël et me complaire dans sa lumière? Plus que n’importe quel écrivain qui se respecte ne devrait le révéler !

Il est vrai que ce qui entoure Noël est pour beaucoup dû à une bruyante et débordante folie commerciale. Mais au-delà, en sourdine, demeure un bourdonnement, une occasion de réflexion et de contemplation. Paix, bonne volonté, charité, générosité, pardon – Noël est un bon moment pour que je me demande dans quelle mesure j’ai su incarner ces idéaux pendant l’année qui s’achève. C’est aussi l’occasion d’éprouver reconnaissance et gratitude pour ces nombreux cadeaux intangibles que j’ai eu la chance de recevoir : l’amour de ma famille, de mon mari, l’humeur guillerette de notre chienne âgée.

La vie à Vincennes continue d’être un infini cadeau, un paquet enveloppé dans une douzaine d’emballages, dont chacun révèle un nouveau bonheur. Nous avons cette chance de nous être fait des amis, d’être accueillis dans leurs maisons, d’être nourris de mets délicieux et de conversations qui le sont encore plus. Dans nos repaires habituels, les serveurs nous accueillent avec un sourire et une blague, s’exercent à parler anglais et tentent vaillamment de nous aider à améliorer notre français. La médiathèque nous offre un environnement de travail serein, et notre présence régulière s’y révèle incroyablement productive.

Et partout, à chaque coin de rue, Vincennes nous offre des surprises : le son des cloches de midi, au début d’un dimanche après-midi ensoleillé, la tombée de la nuit et sa douce lumière tamisée sur le Parc Floral, un spectacle virtuose de jazz vocal à l’Espace Daniel Sorano, une rencontre organisée par les Papillons Blancs qui nous a permis d’entendre l’écrivain canadien Ian Brown nous dire avec éloquence et intensité ce que nous pouvons tous apprendre d’humanité à partir de la vie de son fils handicapé.

Je suis profondément reconnaissante à ces professeurs de lycée et à leurs élèves qui m’ont donné accès à leurs classes. Les adolescents et leur sensibilité exacerbée, leur désir de s’exprimer et d’être entendus font des écrivains formidables, leurs textes passant sans peur de la lucidité pleine de maturité à l’émotion crue. A les écouter, j’apprends énormément sur la fraîcheur et la spontanéité que j’aimerais voir davantage dans mes propres écrits. Les adolescents sont aussi d’excellents modèles à suivre pour ce qui est de vivre à la frontière de sa propre vie. Pour eux, tout est neuf, tout doit être exploré, mis à l’épreuve, mis en doute. Ils passent leur temps à poser des questions, à demander « pourquoi », ce qui me rappelle à quel point il est important de continuer à se poser ces questions difficiles, celles pour lesquelles il n’y a pas de réponse immédiate.

Et puis il y a les cadeaux auxquels on ne s’attend pas. Quand j’étais petite, ma famille n’avait pas assez d’argent pour me payer des cours de musique. Plus j’ai vieilli, moins la perspective d’apprendre un instrument devenait vraisemblable et plus elle paraissait ridicule ; pour finir, ce désir secret a disparu dans le royaume de ces choses dont le temps est révolu. Quelle chance, alors, de découvrir l’association de musique pour adultes à Cœur de Ville, et d’apprendre que beaucoup de ses adhérents ont plus de cinquante ans. Voilà qui prouve que lorsqu’on poursuit son rêve l’âge n’est que rarement un obstacle, ou une excuse qui vaille.

La chanson dit « je serai chez moi pour Noël », mais cette année, nous serons à Vincennes. Etre ici nous a en fait aidés à redéfinir la notion de « chez nous ». Chez nous, c’est notre petite famille : un homme, une femme, un chien. Chez nous, ça n’est pas les objets que nous possédons : nous n’y avons pas pensé une seconde depuis que nous les avons laissés derrière nous. Chez nous, ça n’est pas un pays, ni une rue, ni même la maison dans laquelle nous vivons depuis cinq ans. Tandis que mon mari et moi observons les illuminations de Noël qui apparaissent sur les réverbères, que nous entendons parler de la patinoire qui va bientôt s’installer sur le parvis de l’Hôtel de Ville, que nous organisons notre travail d’écriture autour de la perspective de flâneries dans des marchés de Noël, nous nous émerveillons de la facilité avec laquelle Vincennes commence à ressembler à chez nous. Même si nous sommes arrivés sans connaître personne, même si on nous repère encore comme deux chiens canadiens dans un jeu de quilles, même si, hélas, notre français ne s’est guère amélioré, les Vincennois continuent de nous accepter avec bienveillance et générosité, et à nous faire sentir que nous sommes des leurs. C’est un cadeau qui attendrirait le cœur sec de l’écrivain le plus Scroogesque

1C’est le conte de Noël le plus populaire des pays anglo-saxons. Ecrit par Charles Dickens, il met en scène Ebenezer Scrooge, homme avare au cœur sec. La veille de Noël, le fantôme de son ancien associé lui apparaît et le met en garde contre une éternité de malheur s’il ne change pas. Les trois nuits suivantes, il recevra en rêve la visite de l’esprit des Noëls passés qui lui rappelle sa triste enfance à l’orphelinat, celle de l’esprit des Noëls présents qui lui montre la préparation de la fête familiale chez son employé frappé par la pauvreté, enfin celle de l’esprit des Noëls futurs qui lui montre sa propre tombe à l’abandon. Scrooge comprend que seule la générosité lui apportera la paix. (NdT).

Writers have a long-standing reputation as curmudgeons. We tend towards deep cynicism, we eschew all forms of sentimentality, we snicker at greeting card messages, roll our eyes at sappy songs, at times, shake our heads at the very idea of happiness. So you see then, how it’s a bit of a betrayal of my profession to confess to you that I absolutely and completely love Christmas.

How many times have I read Dickens’s A Christmas Carol, tense with the possibility that Ebenezer might not change? Or stopped on the street to listen to carol singers, only to feel my eyes well at the soaring notes of O Holy Night? How many times have I snuck downstairs in the night’s wee hours, just to turn on the lights of our Christmas tree and bask in its glow? More than any self-respecting writer should disclose.

Admittedly, much of Christmas has been commandeered by loud and busy commercial madness. But underneath all that, there remains a quiet hum, an opportunity for reflection and contemplation. Peace, good will, charity, generosity, forgiveness – Christmas is a good time to consider how well I’ve succeeded in embodying these ideals through the past year. It’s also an opportunity to recognize and be grateful for the many intangible gifts I’ve been fortunate enough to receive – the love of my family, my husband, the high spirits of our elderly dog.

Life in Vincennes continues as an endless gift, a parcel wrapped in dozens of layers, each one revealing a new delight. We find ourselves blessed with friendships, welcomed into homes, nourished with fine food and even finer conversation. At our regular haunts, servers greet us with smiles and jokes, practice their English and try valiantly to help us improve our French. The Médiatheque provides us a serene work environment, and our routine there proves incredibly productive.

And still, at each turn, Vincennes offers surprises: the ring of the noon bells on a sunny Sunday afternoon, the warm, shadowy light of dusk in the Parc Floral, a virtuoso vocal jazz performance at the L’espace Daniel Sorano, an event sponsored by the White Butterflies, which allowed us to hear Canadian author, Ian Brown, speak eloquently and movingly about what we all can learn about being human from the life of his disabled son.

I’m deeply grateful to the high school teachers and students who have allowed me into their classrooms. Teenagers with their heightened sensitivity and desire to express and be heard make great writers, their work shifting fearlessly between mature insight and raw emotion. I learn so much about the freshness and spontaneity I would like more of in my own work by listening to theirs. Teenagers are also excellent role models for living at the frontier of one’s life. For them, everything is new, everything is to be explored, tested and challenged. They ask a lot of questions, always using the word, “why”, which reminds me of how important it is to keep asking those difficult questions, the ones without immediate answers.

And there are unexpected gifts. When I was a child, my family didn’t have the money to send me for music lessons. The older I got, the less likely and more ridiculous the prospect of taking up an instrument seemed; eventually, that secret desire disappeared into the realm of things whose time had passed. How lucky then to discover the Adult Music Conservatory at the Coeur de Ville, and find out that many of their students are over fifty. A good lesson that in the pursuit of one’s dreams, age is rarely an impediment, or valid excuse.

I’ll Be Home for Christmas is how the song goes, but this year, we’ll be in Vincennes. Being here, in fact, has helped us redefine our idea of home. Home is our small family: man, woman, dog. Home is not our possessions, which we haven’t given a second thought to since we left them behind. Home is not a country, or street, or even the house we’ve lived in for the past five years. As my husband and I watch the light displays appear on the lampposts, as we hear about the ice rink that will soon open in front of the Hotel de Ville, as we plan our writing days around visits to Christmas markets, we marvel at how easily Vincennes has come to feel like home. Even though we arrived knowing no one, even though we still stick out like a pair of sore Canadian thumbs, even though our skill at speaking French has sadly not improved, the people of Vincennes continue to accept us with kindness and generosity, and make us feel like we belong – a gift that would soften even the Scroogiest writer’s heart.

Il y a quatre mois, mon mari et moi, flanqués de notre chienne et de trois valises, arrivions en France. Pendant les quelques jours précédant notre voyage, lorsque je préparais les dites valises, j’étais un peu triste à l’idée de tout ce qu’il nous fallait laisser là-bas: les commodités de notre maison, les objets qui nous appartiennent depuis des années, tout cet inventaire inanimé de ce que nous sommes.

La vie, c’est comme les placards : on a tendance à accumuler du fouillis, et les choses qui comptent, les intentions, les aspirations, se retrouvent coincées vers le bas de la pile. Habiter deux vies à la fois, une ancienne là-bas, à Vancouver, et une temporaire, nouvelle, ici à Vincennes, a permis un bilan étrange, une chance de mettre en balance ces deux vies, d’évaluer ce qui rend vraiment heureux. Penser, ressentir, savourer, absorber, créer, voilà les buts que nous nous étions fixés lorsque nous nous sommes installés à Vincennes, et quelle richesse d’expériences ces buts nous ont offert! Quelle coïncidence avec la vie dont nous avions toujours rêvé pour nous-mêmes !

De tout ce que nous avons laissé à Vancouver, seuls mes livres m’ont vraiment manqué. Je n’ai pas regretté nos deux voitures, ni les longs trajets quotidiens, et j’ai plutôt apprécié le système de transports en commun en France, de même que l’exercice constant et l’air frais dont on profite quand on marche. Je préfère de loin observer les marchandises à l’étal du marché plutôt que pousser un caddie dans les allées d’un hypermarché. Et puis, j’ai appris que le café a bien meilleur goût quand on est assis que quand on traverse la ville au pas de course, un gobelet géant en carton à la main.

On me demande souvent si la vie en France soutient la comparaison avec la vie au Canada. D’après moi, c’est une citation de Bill Cunningham, le photographe, qui va droit au cœur du sujet. En acceptant une décoration de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, Cunningham a déclaré : « Celui qui cherche la beauté la trouve ». Il évoquait, bien sûr, non pas la beauté superficielle, mais la beauté profonde qui donne du sens à la vie.

Pour la plupart, nous, les Nord-Américains, avons renoncé à rechercher la beauté. L’idée de beauté se contente d’être une lueur vacillante aux franges de notre conscience. Nous travaillons, nous gagnons de l’argent, nous le dépensons pour acquérir des biens, et peu importe combien nous possédons, nous nous inquiétons de ne pas posséder assez. L’argent –comment nous le gagnons et comment nous le dépensons- est de loin le sujet de conversation le plus fréquent.

Par contraste, la reconnaissance et l’appréciation de la beauté ont servi de définition à notre expérience de vie en France. Le respect pour les arts, pour la culture, le désir de connaître et de comprendre l’histoire, la protection de l’architecture, la profondeur et la passion des conversations autour d’une table de repas, la variété des opinions politiques, jamais indifférentes, tout cela montre une volonté de vivre une vie plus profonde, plus active.

Nous avons trouvé de la beauté à toutes nos rencontres, depuis notre croissant du matin au café Le Marigny (si vous avez déjà eu la malchance de goûter à un croissant canadien, vous nous comprendrez) jusqu’aux passionnantes rencontres d’auteurs à Millepages, et aux expositions de photos sur les murs, rue de Fontenay. Depuis la surprise que fut cette sérénade offerte par un saxophoniste qui s’entraînait dans le Bois de Vincennes, à la surprise encore plus grande d’apprendre à danser en ligne à un Bal Country ! Notre séjour à Vincennes a été un éveil, nos sens se sont trouvés stimulés, leur appétit aiguisé par des centaines de détails catalogués au quotidien. Nous avons attendu ce moment où la vie ici commencerait à devenir ordinaire ; il n’est jamais venu. Nous ne nous sommes jamais lassés de marcher le long d’une rue simplement pour sentir le passé et le présent entrer en collision.

Quand on écrit, on parle souvent d’écrire sur le fil du rasoir, de fuir ce que l’on fait bien pour s’efforcer d’aller vers de nouveaux défis. La plupart des gens ne considèreraient pas que Vincennes soit un endroit où l’on se rend pour vivre sur le fil. Et pourtant, sur ce fil psychique, ce mince abîme entre deux vies simultanées, j’ai trouvé un endroit plus profond dans mon travail, une ouverture inspirée par une beauté constante, quotidienne, par les chefs d’œuvre que j’ai découverts en concert, à des expositions, et par les personnes extraordinaires que j’ai eu la chance de rencontrer. J’ai retrouvé en moi un optimisme que je croyais perdu à tout jamais, non seulement à propos de l’état des arts et de la culture, mais aussi à propos du potentiel et de l’utilité toujours renouvelés de l’art. Le manuscrit sur lequel je travaille est une nouvelle aventure stylistique pour moi, et en même temps, c’est l’œuvre la plus résonnante d’émotions que j’aie jamais créée. Sous cet aspect, la ville de Vincennes aura laissé une empreinte durable sur mon travail, et de cela, je suis profondément reconnaissante.

Merci à tous les Vincennois qui nous ont invités chez eux, et nous ont accueillis comme des membres de leur famille. Nous voulons aussi remercier les organisateurs du Festival America, ainsi que la ville de Vincennes de nous avoir généreusement offert cette expérience qui a changé notre vie. Les lecteurs auront sans doute remarqué que Dominique Chevallier, responsable des interprètes au Festival America, a traduit ces chroniques pour Vincennes Info ; la mention qui en est faite sur ces pages ne rend pas compte de la profondeur de notre admiration et de notre estime pour elle.

C’est le cœur gros que nous disons adieu à Vincennes, mais nous devons nous préparer à notre prochain défi : transplanter notre nouveau point de vue pour vivre une belle vie, une vie française, là-bas, à Vancouver, Canada.

Four months ago, my husband and I, accompanied by our dog and three suitcases, arrived in France. In the days leading up to our journey, as I packed those cases, I found myself a bit mournful for everything we were leaving behind: home comforts, years of possessions, the inanimate inventory of who we were.

Lives, like closets, tend to accumulate clutter, and the important things, intentions and aspirations, sometimes get trapped near the bottom. To inhabit two lives at once, an old one back in Vancouver, and a temporary, new one here in Vincennes has allowed for a strange reckoning, an opportunity to weigh each life against the other, to evaluate what truly contributes to happiness. To think, to feel, to savour, to absorb, to create, these were our goals as we settled in Vincennes, and what a rich experience these goals have given us, how in tune with the life we’d always dreamed of for ourselves.

Of all the things we left behind, I’ve only really missed our books. I haven’t missed our two cars or the long commutes, and have rather enjoyed the French transit system, and the fresh air and constant exercise that walking affords. I’m far happier perusing the offerings of market stalls than pushing a trolley through the aisles of a megastore. And coffee, I have learned, tastes infinitely better when you’re sitting down, and not running all over town with a giant cardboard cup in your hand.

I’ve been asked many times how French life compares to Canadian life. For me, a quote by the photographer, Bill Cunningham cuts to the heart of the matter. Accepting an appointment as Chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres, Cunningham declared, “He who seeks beauty, will find it.” He was speaking, of course, not of superficial beauty, but of profound beauty that lends meaning to life.

For the most part, we North Americans have given up the search for beauty. The idea of beauty flickers only at the fringes of our consciousness. We work, we earn, we spend to acquire, and no matter how much we have, we worry we don’t have enough. Money—how we make it and how we spend it—is by far the most popular topic of conversation.

In contrast, the recognition and appreciation of beauty has defined our experience of French life. The respect for arts and culture, the desire to know and understand history, the preservation of architecture, the depth and passion of dinner table conversation, the varied, yet never apathetic opinions on politics, all of these point to an interest in living a deeper, more engaged life.

We’ve found beauty in every encounter from our morning croissant at Le Marigny (if you’ve ever had the misfortune of eating a Canadian croissant, you’ll understand) to the enlightening author events at Mille Pages, and the outdoor photo exhibits along Rue de Fontenay. From the surprising serenade of a saxophonist practicing in the Bois de Vincennes, to the even greater surprise of learning how to line-dance at a Country Ball. Our stay in Vincennes has been an awakening, our senses piqued and made more hungry by the hundreds of details we’ve catalogued each day. We’ve waited for the moment in which life here begins to feel ordinary, and it has never come. We have never grown tired of walking down a street just to feel the past and present collide.

In writing, one often talks about writing on the edge, eschewing what one does well, and pushing towards new challenges. Most would not think of Vincennes as a place one goes to live on the edge. And yet, on this psychic edge, the thin rift between two concurrent lives, I have discovered a deeper place in my work, an openness inspired by constant, every day beauty, by the masterworks I’ve experienced at concerts and exhibitions, and by the amazing people I’ve had the good fortune of meeting. I have regained an optimism I thought was lost to me, not only about the state of arts and culture, but also about the continuing potential and purpose of art. The new manuscript I’ve been working on is a stylistic departure for me, and at the same time, the most emotionally resonant work I’ve produced. In this regard, the city of Vincennes has left a lasting impression on my work, and for that, I am profoundly grateful.

Thank you to all the Vincennois who have invited us into their homes and treated us like family. We would also like to thank the organizers of Festival America and the city of Vincennes for giving us this generous and life-changing experience. Readers have no doubt noted that Dominique Chevallier, head interpreter for Festival America has been translating these pieces for Vincennes Info— her credit on these pages does not do justice to how deeply and completely we admire and appreciate her.

It with heavy hearts that we bid Vincennes farewell, but we must gather ourselves for our next challenge: to transplant our new outlook and live a beautiful life, a French life, back in Vancouver, Canada.

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